Jeûne : thérapeutique ?

Jeûne : thérapeutique ?

Il y a 2 ans, j’ai entendu un ami médecin parler du jeûne. Puisque c’est un ami, j’ai essayé de cacher le scepticisme et la méfiance dans mon regard et ne montrer que le sourire poli. Deux ans plus tard, je jeûne avec lui, en regardant les autres jeûneurs guérir de leurs souffrances.

Pour ne pas nier ce que je ne connaissais pas, j’ai fini par regarder le documentaire d’ARTE que mon ami m’a conseillé : «  Jeûne, la nouvelle thérapie » (disponible sur YouTube). Inspirée de ce film, j’ai continué mes recherches. Dans cet article je vais vous parler des bases du jeûne thérapeutique.

Le principe est simple: notre corps est conçu pour pouvoir supporter les périodes de manque de nourriture. Nous y étions exposés pendant presque 200.000 ans avant que les supermarchés regorgent de nourriture. Et puisque la nature est vraiment bien faite, le corps humain a même appris à profiter de ces périodes pour « faire le ménage » : se débarrasser des cellules vieillies ou malades. Depuis que l’accès à la nourriture nous permet d’oublier ce qu’est la famine, ces périodes de manque et donc de « ménage » ne se produisent quasiment plus ; une accumulation de cellules inflammées ou malades peut arriver plus facilement.

Certes, l’évolution de la science et de la médecine a permis de combattre beaucoup de maladies graves. Mais dans les pays occidentaux les cas de diabète, de maladies cardio-vasculaires, de cancer, d’arthrose, de troubles anxieux-dépressif se multiplient et la consommation de médicaments explose. Les médicaments réduisent le nombre et la gravité de ces maladies , mais avec des effets secondaires qui amènent d’autres problèmes.

Depuis plus de cinquante ans les médecins et les scientifiques en Russie, en Allemagne et aux États-Unis explorent le jeûne comme une autre piste thérapeutique de nombreuses maladies. Contrairement à certaines idées reçus, les recherches prouvent que jeûner pendant une, deux voire trois semaines ne fait que du bien à notre organisme. Non, on n’en meurt pas. Oui, on en sort plus sain.

Plusieurs études ont exploré le fonctionnement de notre organisme, jusqu’au niveau cellulaire, pendant le jeûne. Elles suggèrent que le jeûne ne peut être que bénéfique pour améliorer tout le fonctionnement de l’organisme, accélérer la guérison de certaines maladies physiques et psychiques, prévenir la maladie d’Alzheimer, protéger les cellules saines des effets de chimiothérapie et encore d’autre. Ces études étaient trop petites pour avoir un niveau de preuve scientifique établie. Il manque des études à plus grande échelle. On pourrait discuter pourquoi il manque des subventions pour les études sur une technique qui ferait économiser les médicaments et la nourriture…

Il existe différentes façon de jeûner. La méthode du médecin allemand Otto von Buchinger a inspiré l’apparition de plusieurs cliniques de jeûne et même des services de jeûne thérapeutique au sein des hôpitaux publiques (par exemple au sein du CHU Charité à Berlin). Malheureusement il n’existe pas encore de telles cliniques en France. La Fédération Française du Jeûne et Randonnée propose de jeûner selon la méthode Buchinger en groupe avec un animateur formé dans différents endroits en France.

Alors, qui peut jeûner ? Sans souci toute personne sans problème grave de santé. Des personnes avec des maladies chroniques doivent d’abord consulter un médecin (au mieux un qui s’y connaît en jeûne bien sûr). Quasiment tous les médicaments doivent être adaptés en dosage pendant et après le jeûne. Certains médicaments doivent même être arrêtés et repris quand besoin : cela peut être quelques jours voire quelques mois après la fin du jeûne, ou jamais. Les personnes qui présentent des maladies chroniques graves, des addictions graves ou des psychoses nécessitent un encadrement médicalisé en clinique pour jeûner. Proscrits du jeûne sont les enfants jusqu’à 16 ans, femmes enceintes ou allaitantes, personnes qui présentent un sous-poids important, des troubles de comportement alimentaires, une hyperthyroidie non traitée ou décompensée, insuffisances cardio-vasculaires, hépatiques ou rénales graves.

Depuis une dizaine d’années la recherche s’intéresse de plus en plus aux bienfaits du jeûne, nous laissant attendre de nouvelles preuves de son efficacité dans les domaines déjà connus ou non encore explorés.De manière empirique, chacune et chacun qui a jeûné, a découvert des bénéfices de cette méthode.

Merci pour votre intérêt ! Des articles détaillant le bienfait du jeûne sur le corps et son action guérissante suivront.

Sources :

  1. Dorff TB et al. Safety and feasibility of fasting in combination with platinum-based chemotherapy. BMC Cancer. 2016 Jun 10;16:360
  2. Sun P et al. Fasting inhibits colorectal cancer growth by reducing M2 polarization of tumor-associated macrophages. Oncotarget. 2017 Aug 16;8(43):74649-74660
  3. F. Wilhelmi-Toledo et al. Leitlinien zur Fastentherapie. Forsch Komplementärmed Klass Naturheilkund 2002;9:189-98
  4. Raefsky SM, Mattson MP. Adaptive responses of neuronal mitochondria to bioenergetic challenges: Roles in neuroplasticity and disease resistance. Free Radic Biol Med. 2017 Jan;102:203-216
  5. Anton SD et al. Flipping the Metabolic Switch: Understanding and Applying the Health Benefits of Fasting. Obesity (Silver Spring). 2017 Oct 31. disponible sur http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/oby.22065/full