Soigner la dépression naturellement – les ruminations (3e partie)

Ruminer est un processus normal et même nécessaire pour notre développement. Répéter les mêmes pensées et rejouer les mêmes situations permet à notre cerveau d’enregistrer ce qu’on apprend tous les jours. Sans nos ruminations, on serait obligé de réapprendre les gestes qu’on fait spontanément, une fois que la phase d’apprentissage est terminée. 

Or, dans une dépression, le ré-apprentissage quotidien des choses difficiles de notre vie n’est pas utile. Cela devient un processus déséquilibré. Et ce processus est responsable en très grande partie d’entretenir la dépression et l’anxiété.

Une majorité des personnes souffrant des symptômes de dépression ou d’anxiété se trouvent « piégés » par leur esprit ruminant. Les mêmes pensées et scénarios se recyclent des centaines de fois par jour, nous rendants encore plus souffrant. Notre corps produit alors encore plus d’hormones de stress. Et plus on souffre, plus on rumine. Un vrai cercle vicieux. 

Ce qui est évident maintenant c’est que les ruminations sont une des causes principales d’une dépression.

Une mesure importante dans la guérison de la dépression ou d’anxiété est donc de sortir de ce piège. 

Pour certains, passer du temps avec des amis, faire du sport, se balader dans la nature ou s’entourer des gens sereins peut suffire pour changer leurs idées et sortir du cercle vicieux. Mais pour la plus grande partie d’entre nous, les pensées négatives et les ruminations sont devenues une mauvaise habitude, presqu’une dépendance. Ainsi, même quand on se rend compte de la souffrance que ses pensées recyclées nous infligent, il peut être difficile de les arrêter.

De plus, un cerveau déprimé ou anxieux, se sentant « malade », va naturellement chercher à s’isoler des autres, pour ne pas les « contaminer », comme on ferait si on avait une angine. Cette stratégie réflexe, présente également dans le monde animal, assure la survie du groupe. Mais dans le cas des problèmes émotionnels ou psychologiques, elle est contre-productive. 

Que faire alors? Plusieurs stratégies approuvées existent.

Un moyen efficace constitue la pleine conscience. Le patient apprend à se rendre compte des moments où il descend la spirale des pensées négatives, il apprend à prendre un petit recul pour décider s’il veut continuer ou arrêter et il apprend à remplacer les ruminations par une autre activité, plus saine et plus agréable. Cette méthode nécessite un apprentissage guidé par un soignant s’y connaissant mais aussi un effort de la part du patient pendant la phase d’apprentissage.

L’hypnothérapie vise à apaiser le ressenti concernant les évènements autour desquels on rumine : situation difficile au travail ou dans la famille, séparation ou perte de quelqu’un, vécu traumatique etc. En hypnose, le thérapeute expérimenté n’a pas besoin de savoir sur quel sujet travail le patient. Chacun peut être guidé pour activer ses ressources de soulagement et de rémission. Cette forme de thérapie permet une amélioration en quelques séances.

Enfin, la méditation permet d’évacuer un grand nombre de tensions anciennes et récentes en conduisant notre cerveau et notre corps vers un état de relaxation profonde. Plusieurs processus de guérison spontanée sont activés dans cet état. Pour y arriver, le patient apprend les méthodes de méditation de type méditation védique ou transcendentale, qu’il s’engage à appliquer tous les jours. L’apaisement arrive déjà au bout de quelques semaines. L’avantage de la méditation est l’autonomie de chacun, amenant la continuité de l’amélioration de notre état même une fois guéri.

Personnellement, je trouve que les psychothérapies qui incitent le patient à parler de ses vécus et ressentis ne font qu’aggraver le processus de rumination. On peut avoir l’impression d’avoir « vider son sac » mais cela ne dure que le temps d’une séance plus ou moins quelques heures. Puis le cerveau reprend son habitude bien ancrée de ruminer et la boucle recommence.

Enfin, partager nos ruminations avec un proche peut être utile pour ressentir l’amour et le support de notre entourage. Cependant, beaucoup de personnes tombent dans ce qu’on appelle « les ruminations collectives ». On continue le même cercle vicieux en amplifiant le stress, la tension et la souffrance, mais cette fois on le fait à deux ou à plusieurs. Parler de manière répétitive des mêmes problèmes avec son conjoint, colocataire, parent ou ami n’est rien d’autre que la spirale vers le fond du gouffre des pensées négatives. Si vous vous rendez compte que cela fait partie de vos habitudes, arrêtez. Partagez le temps avec vos proches pour parler des choses positives ou des vécus agréables de la journée, des projets, de la culture, de la science, de la spiritualité ou tout autre chose! Vous passerez un moment nettement plus agréable et votre cerveau profitera de cette pause pour se reposer et se soigner.

N’hésitez pas à m’en parler en consultation! Même si cela vous paraît impossible aujourd’hui, votre futur peut être très différent en apprenant une ou plusieurs des techniques proposées!

Dans le suivant et le dernier article sur ce sujet, nous allons explorer comment la nutrition et certains compléments alimentaires peuvent vous aider à retrouver votre bien-être mental et émotionnel.

Sources : 

1/ Goyal M et al. Meditation programs for psychological stress and well-being: a systematic review and meta-analysis. JAMA Intern Med. 2014 Mar;174(3):357-68

2/ Lynn SJ et al. Hypnosis, rumination, and depression: catalyzing attention and mindfulness-based treatments. Int J Clin Exp Hypn. 2010 Apr;58(2):202-21

3/ Dr Stephen S. Ilardi. The Depression Cure. Da Capo Lifelong Books.

4/ Marchand WR. Mindfulness-based stress reduction, mindfulness-based cognitive therapy, and Zen meditationfor depression, anxiety, pain, and psychological distress. J Psychiatr Pract. 2012 Jul;18(4):233-52

5/ Dr Deepak Chopra. La Santé parfaite. Editions J’ai lu.