Zoom sur : le cholestérol et les médicaments, un avis indépendant

Zoom sur : le cholestérol et les médicaments, un avis indépendant

Beaucoup de choses ont été dites sur les médicaments visant à baisser le « mauvais » cholestérol, le LDL. La classe des statines en représente une majeure partie. Dans cet article, je fais le point sur les indications, l’efficacité et la tolérance des statines.

Les avis sur l’utilité des statines peuvent différer selon les pays et les médecins. Et bien sûr, on peut se poser la question du rôle des big pharma dans la conduite des recherches. Ici, je vous offre un avis loin de ces big pharma ou de tout autre intérêt commercial : je ne vends pas de livres, je ne publie pas d’articles dans les journaux populaires. Mon avis se construit après recherches dans les œuvres et les revues indépendantes (comme la revue Prescrire), les recommandations actuelles européennes et internationales ainsi que ma propre expérience.

Je nommerai plusieurs molécules de la classe des statines et non pas les noms de marque. La molécule est toujours notée sur la boîte du médicament, éventuellement en dessous du nom de la marque (par exemple rosuvastatine en dessous de CRESTOR).

Ce que disent les recommandations officielles :

On parle de la prévention primaire quand on instaure un traitement, médicamenteux ou non, pour éviter une maladie ou un accident.
En ce qui concerne la santé cardio-vasculaire, les recommandations préconisent tout d’abord d’améliorer les choses naturellement : manger sainement, marcher régulièrement etc. Si ces mesures n’ont pas apporté une baisse suffisante du soit disant « mauvais » cholestérol, du LDL, elles préconisent d’instaurer un médicament visant à le baisser.
Mais pas chez tout le monde ! On l’instaurerait chez les patients qui présentent un risque important de subir un AVC ou un infarctus du myocarde dans les 10 années suivantes. Ce risque peut être évalué et calculé par votre médecin.
A noter qu’aux États-Unis on recommande maintenant de prescrire les statines même pour les patients qui ont un faible risque cardio-vasculaire. Cette recommandation va à l’encontre des études européennes…

On parle de la prévention secondaire quand on instaure un traitement, médicamenteux ou non, après un accident de santé ou la découverte d’une maladie. Le but étant d’éviter l’aggravation ou la récidive de ces problèmes et d’en diminuer les séquelles. Les statines sont recommandées après un AVC ou un infarctus pour maintenir le LDL-cholestérol bas.

Ce que disent les revues médicales :

Les études européennes semblent confirmer une diminution des AVC et des infarctus chez les patients traités par une statine en prévention primaire. C’est-à-dire, en traitant environ 150 patients à haut risque par une statine pendant 5 ans, on éviterait 1 AVC ou 1 infarctus.
Cependant je trouve qu’il manque une clarté sur le médicament choisi et surtout sur l’observance ou non d’un style de vie sain. Il n’est pas clair non plus quels autres risques cardiovasculaires ont été présent chez les patients. La plupart de ces études ont été sponsorisées par des firmes pharmaceutiques.  Les revues indépendantes constatent surtout que les effets secondaires sont plus importants que le bénéfices. De plus, aucune étude va au delà de  5 à 10 ans alors que ce traitement est souvent prescrit “à vie”…

En prévention secondaire, c’est à dire chez les patients qui ont déjà eu une maladie ou un accident cardio-vasculaire, le traitement par pravastatine ou simvastatine diminue le risque de décès : chez 100 patients traités pendant 6 ans, on évite 2 décès. Il n’est pas claire si les statines diminuent le risque de refaire un AVC ou un infarctus. La compréhension de l’action concernant la baisse du LDL en rapport avec la santé cardio-vasculaire reste vague.

Et attention ! Toutes les autres molécules (fluvastatine, atorvastatine, rosuvastatine ou autre) n’ont montré aucune efficacité concernant la diminution du risque de décès ! Également, un traitement à forte dose ne semble pas être plus efficace qu’une dose classiquement recommandée.
Les fortes doses de statine augmentent même le risque cardio-vasculaire en augmentant le risque de faire un diabète et probablement même une hémorragie cérébrale. Les douleurs musculaires sont aussi un effet secondaire qui dépend de la dose de statine. Des effets neurologiques préoccupants ont été observés.
Et enfin, l’effet diminuant la mortalité de la prava ou la simvastatine concerne les patients âgé de moins de 80 ans et avec un LDL-cholestérol supérieur à 1 g/l. Aucun effet positif mais des effets secondaires préoccupants sont reportés chez les patients âgés de plus de 80 ans et/ou avec un LDL trop bas. A noter également que ce chiffre clé de 1g/l recommandé par certains spécialistes n’a pas arrêté de diminué au cours des dernières années : soit disant, plus bas le cholestérol mieux c’est. Malgré les données alarmantes des effets négatifs du LDL trop bas.

Ce que je dis :

Ouf ! Félicitations, vous avez lu la partie la plus compliquée !

En pratique, une personne qu’on identifie à « haut risque » cardio-vasculaire a souvent déjà entendu qu’il faut perdre du poids et faire du sport et manger plus de légumes et ne plus fumer et et et !… Un changement des habitudes de vie peut paraître frustrant, angoissant, compliqué et surtout comme une restriction.
Et pourtant, ce changement peut s’effectuer tout en douceur et par plaisir, avec un bon accompagnement et de bonnes techniques.
Aucune raison de se précipiter à perdre du poids ou à se mettre à courir si vous n’y êtes pas prêt. On peut faire différemment, plus doux, plus agréable pour beaucoup d’entre nous ; plus intense et plus motivant pour certains autres. Aucune raison d’arrêter de fumer en se frustrant et en cherchant par quoi compenser le manque. On peut faire aussi différemment, à la vitesse qui vous conviendra et avec les techniques qui vous permettront de vous sentir libéré.
A mon avis c’est là-dessus qu’il faut travailler, ensemble patient et médecin, en prenant le temps qu’il faut. Les statines restent un groupe très contesté des médicaments. Il n’est pas clair combien de bénéfices ils apportent réellement. En prévention primaire, leur bénéfices me paraissent négligeables et leurs effets secondaires préoccupants. Le médicament restera toujours moins efficace et plus dangereux que ce que vous pouvez faire naturellement.

Pour les patients qui ont déjà eu un problème grave cardio-vasculaire, il faut faire attention à 2 choses. Tout d’abord, le taux de cholestérol recommandé actuellement comme cible me semble trop bas et mal justifié par des études indépendantes. Ensuite, si un traitement par statine paraît bénéfique, il ne faut  prescrire que la statine la mieux tolérée et la plus efficace : la pravastatine. La dose doit rester à 40mg/jour. Les revues indépendantes préconisent de ne pas augmenter de dose, même si le fameux LDL-cholestérol n’a pas bien baissé. (Ici alors on peut se poser la question, pourquoi garder ce traitement?..).

Et puis quand vous avez célébré votre 80ème anniversaire, félicitations, meilleurs vœux et on arrête votre traitement de cholestérol. Car à partir de maintenant nous sommes sûr qu’il vous fasse aucun bien mais du mal.

Merci de votre intérêt pour votre santé ! Mettez un petit cœur si vous voulez plus d’articles aux sujets similaires !

Sources :
1) S Beliard-Lassere, JM Leclerf, Dyslipidémie et Rôle des Statines ; La Revue du Praticien, Vol 66, Mars 2016 ; p. 332-4
2) Aude Lecrubier. Prévention primaire par statines : nouvelles recommandations aux US – Medscape – 21 nov 2016
3) Statine en prévention cardiovasculaire secondaire ; La Revue Prescrire, Tom 37 Num 403 ; Mai 2017 ; p. 355-64
4) Statines : augmentation du risque du diabète de type II, La Revue Prescrire, Tome 36 Num 395 ; Septembre 2016 ; p. 671-2